Se lancer

Créer son site internet avec l'IA : ce qu'elle fait bien, et ce qu'elle peut vous coûter

Un site complet en trente secondes, à partir d'une phrase : la promesse est séduisante. Ce que l'intelligence artificielle fait vraiment bien, ce qu'elle invente avec aplomb, et ce qu'il faut vérifier avant de publier quoi que ce soit en votre nom.

Par Pierre Hebinger10 min de lecture
Une personne tape une demande dans un assistant d'intelligence artificielle sur un ordinateur portable.

« Décrivez votre entreprise en une phrase, votre site est prêt en trente secondes. » La promesse est tentante quand on rentre du chantier à dix-neuf heures avec trois devis à faire. L'intelligence artificielle - l'IA - écrit des textes, fabrique des images, et peut même produire le code d'un site entier.

C'est un outil puissant entre les mains de quelqu'un qui sait relire, vérifier et corriger. Pour un artisan qui veut un site sans y penser, elle produit surtout quelque chose qui a l'air fini - et qui peut lui coûter cher. Voici ce qu'elle fait bien, les risques concrets, et comment s'en servir prudemment.

Ce que recouvre « faire son site avec l'IA »

L'expression désigne aujourd'hui trois choses assez différentes :

  • les générateurs de sites : vous tapez une phrase (« couvreur à Colmar, vingt ans d'expérience »), et l'outil fabrique en quelques secondes un site complet, avec ses pages, ses textes et ses images ;
  • les assistants conversationnels, dont ChatGPT est le plus connu : vous leur posez des questions comme à une personne, et vous leur demandez les textes de vos pages, voire le code du site lui-même ;
  • les images générées : des photos qui n'ont jamais été prises, fabriquées à partir d'une description (« une salle de bains moderne avec douche à l'italienne »).

Ces trois usages ont un point commun : l'IA produit un résultat qui ressemble à ce qu'on attend. Elle ne vérifie pas qu'il est vrai. C'est de là que viennent presque tous les risques.

Ce que l'IA fait bien

Commençons par être juste : pour certaines tâches, l'IA rend de vrais services.

  • Le premier jet d'un texte. Devant une page blanche, une première version permet de démarrer, quitte à tout réécrire.
  • Reformuler. Vous savez ce que vous voulez dire, mais la phrase ne sort pas : elle vous propose trois tournures, vous choisissez.
  • Trouver des idées. « Quelles questions un client se pose-t-il avant de faire refaire sa toiture ? » Elle vous donne une liste, que vous triez avec votre expérience.
  • Corriger l'orthographe et la grammaire. C'est sans doute là qu'elle est la plus fiable.

Dans tous ces cas, c'est vous qui décidez de ce qui est publié, et vous savez si c'est vrai. L'IA reste un assistant. Les ennuis commencent quand elle devient l'auteur.

Des textes faux, et c'est vous qui en répondez

Une IA qui écrit ne cherche pas la vérité : elle assemble les mots les plus probables pour répondre à votre demande. Quand une information lui manque, elle la complète avec quelque chose de plausible, sur le même ton assuré que le reste. On dit qu'elle « hallucine » : elle invente, sans le signaler.

Prenons un couvreur de Colmar qui demande à une IA « un texte de présentation pour mon entreprise de couverture ». Il peut recevoir, sans l'avoir demandé :

  • « plus de vingt ans d'expérience », alors qu'il s'est installé il y a six ans ;
  • « entreprise certifiée RGE et Qualibat », qualifications qu'il n'a pas ;
  • « tous nos travaux sont garantis dix ans », alors que la garantie décennale ne couvre que certains dommages, et pas n'importe quelle intervention ;
  • « intervention en 30 minutes », quand il lui faut trois quarts d'heure pour traverser le secteur ;
  • « devis gratuit », alors qu'il facture le déplacement pour une recherche de fuite.

Chacune de ces phrases a l'air normale, et c'est bien le problème. Une fois publiée sur votre site, elle vous engage auprès de vos clients, exactement comme si vous l'aviez écrite vous-même. Une promesse fausse faite à un client peut constituer une pratique commerciale trompeuse au sens du Code de la consommation - et l'outil qui l'a écrite n'en répondra pas à votre place.

La mention d'une qualification RGE est particulièrement sensible : c'est elle qui ouvre droit à certaines aides pour vos clients. Un particulier qui monte son dossier sur la foi de votre site, et découvre ensuite que vous n'êtes pas qualifié, ne vous le pardonnera pas.

Des textes que tout le monde a déjà lus

Demandez à une IA la page d'accueil d'un plombier, vous obtiendrez souvent quelque chose comme : « Artisan passionné, à votre écoute, nous mettons notre savoir-faire au service de vos projets, dans le respect des délais et des normes. » Demandez-la pour un électricien, un menuisier, un paysagiste : la phrase change à peine.

Ce texte n'est pas faux. Il est vide : ni ce que vous faites de particulier, ni où, ni comment. Le client qui compare trois sites lit trois fois la même chose et appelle celui qui a mis une photo de chantier et un numéro visible.

Côté Google, il faut être précis, car on lit beaucoup de choses fausses. Google ne pénalise pas un texte parce qu'il a été écrit par une IA : il juge l'utilité de la page pour celui qui la lit, quelle que soit la façon dont elle a été produite. Ses règles contre le spam visent en revanche les contenus fabriqués en masse, sans valeur ajoutée, dans le but de manipuler le classement.

Un texte générique n'est donc pas forcément sanctionné. Mais il ne vous fait pas remonter non plus : il ne dit rien que votre concurrent ne dise déjà. Nous revenons sur ce qui compte vraiment dans le référencement local expliqué aux artisans.

Des centaines de pages fabriquées en série

Avec une IA, produire une page coûte quelques secondes. La tentation est donc grande de générer « Plombier à Colmar », « Plombier à Turckheim », « Plombier à Ingersheim »… puis deux cents autres, jusqu'à des communes où vous n'allez jamais, remplies de phrases qui ne disent rien de vous.

C'est exactement ce que Google appelle des pages satellites : des pages fabriquées en nombre, conçues pour apparaître sur des recherches précises - souvent un nom de ville - sans rien apporter de plus à celui qui les ouvre. Elles figurent en toutes lettres dans ses règles contre le spam.

La nuance est importante. Une page par commune réellement desservie, qui dit des choses vraies - que vous vous déplacez bien jusque-là, ce que vous y faites, les chantiers que vous y avez menés - c'est légitime : elle répond à la question de l'habitant qui cherche un artisan près de chez lui. Ce qui pose problème, c'est la fabrication en série de pages vides de sens, et plus encore pour des communes que vous ne desservez pas.

Des mentions légales inventées

Les mentions légales et la politique de confidentialité sont obligatoires, ennuyeuses à écrire, et il est tentant de les confier à une IA. C'est justement là qu'une erreur passe inaperçue.

L'IA peut citer des textes de loi qui n'existent pas ou plus, oublier une mention obligatoire, ou recopier un modèle qui ne correspond pas à votre forme d'entreprise : un capital social pour une micro-entreprise, qui n'en a pas, un directeur de publication qui n'existe pas, un hébergeur qui n'est pas le vôtre. Ces pages doivent décrire votre entreprise et votre site, pas une entreprise moyenne.

Ce qu'elles doivent contenir est détaillé dans notre article sur les mentions légales.

Des images qui mentent

Certains générateurs remplissent la page « Réalisations » d'images fabriquées : une cuisine impeccable, une terrasse en bois sous le soleil, une salle de bains digne d'un catalogue. Aucune n'a été posée par vous.

Présenter ces images comme votre travail, c'est tromper le client. Il s'en rendra compte au premier rendez-vous, et ce n'est pas une photo que vous perdrez : c'est sa confiance, et le chantier avec.

Les images générées se repèrent d'ailleurs souvent pour un œil de métier : un joint qui ne mène nulle part, un robinet sans arrivée d'eau, une charpente impossible, une finition qu'aucun artisan ne sortirait. Un client attentif le voit aussi, et doute du reste.

Vos vraies photos de vos vrais chantiers, même prises au téléphone, valent infiniment mieux. Nos conseils pour les réussir sont dans l'article sur les photos de chantier.

Du code que personne ne comprend

Le code, c'est le texte écrit en langage informatique qui fait fonctionner un site : l'affichage des pages, l'envoi du formulaire, le bouton d'appel. Un assistant conversationnel peut en produire des pages entières en quelques secondes. Le problème n'est pas qu'il le produise : c'est que vous ne sachiez pas le lire.

Un site dont personne ne comprend le code, c'est :

  • un formulaire qui n'envoie rien, ou qui envoie dans une boîte que personne ne consulte. Le client croit avoir fait sa demande, vous ne la recevez jamais, et vous ne saurez même pas qu'elle a existé ;
  • une faille de sécurité qui laisse passer le spam par centaines, ou qui expose les coordonnées de vos clients : ce sont des données personnelles au sens du RGPD, et c'est votre entreprise qui en est responsable ;
  • pas de sauvegarde : le jour où quelque chose s'efface, il n'y a rien pour revenir en arrière ;
  • pas de mises à jour de sécurité : un site figé vieillit, et les failles découvertes après sa mise en ligne restent ouvertes ;
  • personne pour réparer le jour où ça casse.

Et ce code doit vivre quelque part : c'est l'hébergement, un ordinateur allumé en permanence, loué à un prestataire. Le choisir, le surveiller et le payer reste à votre charge.

À qui appartient le site ?

Beaucoup de générateurs hébergent tout chez eux : le site, les textes, les photos, et parfois le nom de domaine lui-même, c'est-à-dire l'adresse de votre site. Le jour où vous voulez partir, vous découvrez que vous ne récupérez rien, ou pas grand-chose.

Avant de vous engager, posez deux questions simples. Puis-je exporter mes textes et mes photos ? Le nom de domaine est-il enregistré au nom de mon entreprise ? Si la réponse est floue, c'est déjà une réponse. Nous expliquons comment vérifier à qui appartient votre adresse dans notre article sur le nom de domaine.

Ce que vous collez dans un assistant

Un piège plus discret : pour gagner du temps, on colle dans un assistant conversationnel le mail d'un client ou un devis, en lui demandant de rédiger une réponse.

Ne le faites pas avec des informations personnelles. Selon l'outil et ses réglages, ce que vous y tapez peut être conservé, relu ou servir à améliorer le service : vous ne maîtrisez pas ce qu'il en advient. Or les coordonnées de vos clients, leurs adresses et leurs devis vous ont été confiés pour faire leurs travaux, pas pour être envoyés ailleurs. Si vous avez besoin d'aide pour une réponse, retirez d'abord les noms, les adresses et les numéros.

Ce que l'IA ne peut pas savoir

Au fond, tous ces risques viennent de la même limite. L'IA ne connaît pas votre entreprise. Elle ne sait pas :

  • dans quelles communes vous vous déplacez vraiment, et jusqu'où ;
  • vos vrais délais, en saison et hors saison ;
  • les chantiers que vous avez faits, et ceux dont vous êtes fier ;
  • votre façon de travailler : si vous protégez les sols, si vous nettoyez en partant, si c'est vous qui venez ou un compagnon.

Or c'est exactement ce qui fait appeler un client. On choisit un couvreur parce qu'il intervient dans sa commune, qu'il a refait le toit du voisin, et qu'il répond dans la semaine.

Puisque c'est nous qui écrivons cet article, précisons comment nous faisons : chez CorpsDeMetier.fr, les pages de votre site sont construites à partir de ce que vous déclarez - votre métier, vos prestations, vos communes, vos photos. Nous n'écrivons pas vos textes à votre place avec une IA, et nous ne publions rien que vous n'ayez déclaré.

Si vous voulez quand même vous en servir

L'IA n'est pas à bannir. Elle se manie comme un outil tranchant : utile, à condition de savoir où l'on met les doigts.

  • Un brouillon, jamais un auteur. Donnez-lui vos informations réelles, puis réécrivez sa proposition avec vos mots.
  • Relisez chaque phrase, et supprimez tout ce que vous ne pouvez pas prouver. Une année d'expérience, une qualification, une garantie, un délai : si vous ne pourriez pas le justifier devant un client, ça n'a rien à faire sur votre site.
  • Vos photos, pas des images générées. Une photo de chantier imparfaite vaut mieux qu'une image parfaite qui ment.
  • Pas de code que personne ne sait maintenir. Si vous ne savez pas qui réparera le formulaire le jour où il ne fonctionne plus, ne le mettez pas en ligne.
  • Gardez la main sur votre domaine et vos contenus. Le domaine à votre nom, vos textes et vos photos exportables.

Un bon site d'artisan n'a pas besoin d'être écrit par une machine brillante. Il a besoin d'être vrai. Pour le reste de la démarche, de la structure des pages au nom de domaine, voyez notre guide pour créer le site de votre entreprise artisanale, ou parcourez quelques exemples de sites.

Questions fréquentes

Google pénalise-t-il les textes écrits par une intelligence artificielle ?

Pas parce qu'ils sont écrits par une IA. Google juge l'utilité d'une page pour celui qui la lit, quelle que soit la façon dont elle a été écrite. Ses règles contre le spam visent en revanche les contenus produits en masse, sans valeur ajoutée, dans le but de manipuler le classement. Un texte générique n'est pas forcément sanctionné, mais il ne vous fait pas remonter : il ne dit rien que vos concurrents ne disent pas.

Peut-on créer son site internet entièrement avec ChatGPT ?

Techniquement, un assistant conversationnel peut produire des textes et même le code d'un site. Mais il faut savoir relire ce code, l'héberger, le sécuriser, le mettre à jour et le réparer le jour où il casse. Et chaque phrase des textes doit être vérifiée : l'IA invente avec assurance, et c'est l'entreprise qui répond de ce qui est publié sur son site.

Qui est responsable d'une erreur écrite par l'IA sur mon site ?

Vous. Le site est celui de votre entreprise : une fausse certification, une garantie mal décrite ou une promesse de délai que vous ne tenez pas vous engagent auprès de vos clients, exactement comme si vous les aviez écrites vous-même. L'outil qui les a produites n'en répond pas.

Peut-on mettre des images générées par IA sur son site d'artisan ?

Pour illustrer un article ou un fond de page, rien ne l'interdit. Pour montrer des réalisations, non : présenter comme votre travail une salle de bains que vous n'avez jamais posée, c'est tromper le client, qui s'en rendra compte au premier rendez-vous. Vos vraies photos de chantier sont votre meilleur argument.

Un générateur de site par IA suffit-il pour une entreprise artisanale ?

Il produit vite quelque chose qui a l'air fini. Avant de vous engager, vérifiez que chaque texte est vrai, que les mentions légales correspondent à votre entreprise, que le formulaire de contact fonctionne, et que vous pouvez partir avec votre nom de domaine, vos textes et vos photos.

Votre site, on en parle ?

Un appel de quelques minutes, à l'heure qui vous arrange : on regarde ensemble ce que donnerait le site de votre entreprise. Ou lancez-vous seul : 7 jours d'essai, sans carte bancaire.