Vous avez du travail, un carnet d'adresses, une réputation qui se transmet de client en client. Et pourtant, la question revient : faut-il un site internet ? Et si oui, par où commencer, sans y passer vos soirées ni vous faire avoir ?
Ce guide répond dans l'ordre où la question se pose sur le terrain : à quoi sert un site pour une entreprise artisanale, les trois façons de le faire avec leurs vrais avantages et leurs vrais défauts, ce qu'il doit contenir, et ce qu'il faut vérifier avant de le montrer à qui que ce soit.
Pourquoi un site, quand on a déjà du travail
Le bouche à oreille reste la première source de travail de beaucoup d'artisans. Mais il a changé de forme : la personne à qui l'on vient de recommander « Martin, le couvreur de Thann » tape très souvent ce nom dans Google avant d'appeler. Ce qu'elle trouve - ou ne trouve pas - décide de la suite.
Un site sert à trois choses, et aucune n'est décorative :
- Confirmer une recommandation. Le client qu'on vous a envoyé vérifie que vous existez, que vous faites bien ce qu'on lui a dit, et que vous vous déplacez jusque chez lui.
- Être trouvé par ceux qui ne vous connaissent pas. Quelqu'un qui cherche « électricien Colmar » ou « élagage Annecy » ne passe par personne : il choisit parmi ce que Google lui montre.
- Recevoir des demandes pendant que vous êtes sur un chantier. Un formulaire de contact travaille à toute heure ; un téléphone qui sonne dans une camionnette, non.
Une page Facebook ou une fiche Google aident, mais ne remplacent pas un site : vous n'en maîtrisez ni la présentation ni l'avenir, et elles ne disent pas tout ce qu'un client veut savoir avant de vous faire entrer chez lui. Nous détaillons la différence dans notre comparatif page Facebook ou site internet, et le rôle de la fiche Google dans notre article sur Google Business Profile.
Les trois façons de créer votre site
Il existe trois grandes façons de créer le site d'une entreprise artisanale. Aucune n'est mauvaise en soi : chacune convient à une situation, et chacune a ses pièges.
1. Faire appel à une agence ou à un freelance
Un professionnel du web conçoit votre site, souvent sur mesure. Vous lui expliquez votre activité, il vous propose une maquette, puis il construit le site et le met en ligne.
Les avantages :
- un site qui peut être très personnalisé, avec un vrai travail graphique ;
- quelqu'un à qui parler, qui connaît votre dossier ;
- vous n'avez aucun outil à apprendre.
Les inconvénients :
- le prix de départ, en général le plus élevé des trois solutions, auquel s'ajoutent chaque année l'hébergement et souvent un contrat de maintenance ;
- la dépendance : chaque modification passe par le prestataire, parfois facturée, parfois oubliée pendant des semaines ;
- la propriété, à vérifier de près : le nom de domaine, les textes, les photos et le site lui-même sont-ils à vous, ou restent-ils chez lui si vous partez ?
Une bonne agence ou un bon freelance vous répondra clairement sur ce dernier point. Si la réponse est floue, c'est déjà une réponse.
2. Le faire vous-même avec un outil (Wix, WordPress, etc.)
Des outils comme Wix, Jimdo ou WordPress permettent de construire un site soi-même, à partir de modèles tout prêts qu'on adapte.
Les avantages :
- un coût de départ faible, parfois nul ;
- une liberté totale sur le contenu et la présentation ;
- une fois l'outil appris, vous êtes autonome pour les modifications.
Les inconvénients :
- le temps : choisir un modèle, écrire les textes, régler les pages, comprendre pourquoi l'affichage se décale sur téléphone. Ce sont des soirées, souvent des week-ends ;
- le référencement est à votre charge : ces outils vous donnent les réglages, pas la méthode. Un site joli mais invisible dans Google ne vous apporte aucun client ;
- la maintenance, surtout avec WordPress installé chez un hébergeur : mises à jour, extensions, sécurité. Un site qu'on ne met jamais à jour vieillit, et peut finir piraté ;
- des modèles pensés pour tout le monde - restaurants, photographes, boutiques - et pas pour un plombier qui doit afficher son numéro en grand et ses communes d'intervention.
C'est une bonne solution si vous aimez ça et que vous avez du temps devant vous. C'est une mauvaise solution si vous comptez le faire « un dimanche » : le site restera à moitié fini, et un site à moitié fini fait plus de tort que pas de site du tout.
3. Une plateforme spécialisée dans les métiers de l'artisanat
Troisième voie : des plateformes conçues pour un type d'entreprise précis. Vous renseignez votre métier, vos prestations, vos communes et vos photos ; la structure du site, l'affichage sur téléphone et une partie du référencement sont déjà pensés pour votre situation.
C'est la voie que nous avons choisie avec CorpsDeMetier.fr : lisez donc ce paragraphe en sachant qui l'écrit.
Les avantages :
- un site en ligne rapidement, sans rien apprendre de technique ;
- une structure faite pour votre métier : bouton d'appel, prestations, réalisations, zone d'intervention ;
- l'hébergement, la sécurité et les mises à jour techniques sont pris en charge ;
- un coût en général mensuel, donc prévisible.
Les inconvénients :
- moins de liberté graphique qu'un site dessiné sur mesure ;
- un abonnement à payer tant que le site est en ligne ;
- et, comme pour une agence, la question de la sortie : si vous arrêtez, repartez-vous avec votre nom de domaine et vos contenus ?
Pour comparer le prix de ces trois voies sans oublier les frais qui n'apparaissent pas sur le devis, voyez combien coûte vraiment un site internet d'artisan.
Les pages indispensables
Un site d'artisan n'a pas besoin de trente pages. Il en a besoin de six, bien faites.
L'accueil
En quelques secondes, le visiteur doit savoir ce que vous faites, où, et comment vous joindre. Votre métier et votre secteur dans le titre (« Plombier chauffagiste à Rennes et alentours »), votre numéro bien visible, une vraie photo de votre travail. Pas de slogan creux : « la passion du métier » ne dit rien à quelqu'un qui a une fuite sous l'évier.
Les prestations
Idéalement, une page par prestation : « Rénovation de salle de bains », « Pose de pompe à chaleur », « Ramonage ». Chacune explique ce que vous faites concrètement, pour qui, et comment se passe une intervention. Une page par prestation aide aussi Google à comprendre que vous faites exactement ce que la personne cherche.
Les réalisations
Des photos de vos chantiers, avec quelques mots : le lieu, le besoin, ce que vous avez fait. C'est la preuve de votre travail, et c'est souvent la page que les visiteurs regardent le plus longtemps. Des photos prises au téléphone suffisent si elles sont nettes et bien cadrées : nos conseils sont dans l'article sur les photos de chantier.
La zone d'intervention
Les communes où vous vous déplacez, écrites en toutes lettres. Un habitant de Cernay veut savoir si le chauffagiste de Thann vient jusque chez lui. Une carte aide, mais la liste des communes est indispensable : c'est elle que lisent les visiteurs, et Google aussi.
Le contact
Téléphone, email, formulaire, horaires, et l'adresse si vous recevez du public. Le formulaire doit rester court : un nom, un moyen de vous recontacter, la description du besoin. Chaque champ de plus fait renoncer quelqu'un. Et organisez-vous pour qu'aucune demande ne se perde : voici comment organiser vos demandes de devis.
Les mentions légales
Obligatoires pour toute entreprise qui publie un site. Elles disent qui édite le site et qui l'héberge, et s'accompagnent d'une politique de confidentialité dès que vous avez un formulaire. Le détail est dans notre article sur les mentions légales.
Une page « L'entreprise » ou « Qui sommes-nous » est un plus : votre parcours, votre équipe, vos certifications (RGE, Qualibat, etc.). Elle rassure le client qui s'apprête à vous laisser entrer chez lui.
Le nom de domaine, l'adresse de votre entreprise
Le nom de domaine, c'est l'adresse de votre site : martin-couverture.fr, par exemple. C'est aussi ce qui suit le @ de votre adresse email professionnelle. Il se loue à l'année, pour une somme modeste.
Deux conseils suffisent à éviter l'essentiel des ennuis :
- choisissez un nom court et facile à dicter au téléphone : le nom de l'entreprise, ou le métier et la ville. Évitez les tirets multiples et les accents ;
- faites-le enregistrer à votre nom, pas à celui de votre prestataire. C'est le conseil le plus important de ce guide : le jour où vous changez de prestataire, un domaine enregistré à son nom reste chez lui, et avec lui l'adresse que vos clients connaissent et vos adresses email.
Tout est expliqué dans notre article sur le nom de domaine, y compris la façon de vérifier à qui appartient le vôtre.
Être trouvé près de chez vous
Le référencement, c'est l'ensemble de ce qui fait qu'un site apparaît dans les résultats de Google quand quelqu'un fait une recherche. Pour un artisan, la recherche qui compte est locale : un métier ou un besoin, et une commune. « Menuisier Périgueux », « dépannage chaudière Annecy ».
Quelques principes simples font l'essentiel :
- écrivez votre métier et vos communes dans vos pages, avec les mots qu'emploient vos clients (« fuite d'eau », pas seulement « plomberie sanitaire ») ;
- une page par prestation, et des pages qui parlent des communes où vous intervenez réellement ;
- une fiche Google Business Profile à jour, cohérente avec votre site : même nom, même adresse, même téléphone ;
- du contenu réel : vos réalisations, vos photos, votre façon de travailler. Une page remplie de mots-clés sans rien dire n'aide ni le client ni votre référencement.
Soyez patient : un site neuf est découvert par Google en quelques jours, mais se placer sur les recherches de votre secteur prend en général des semaines, selon la concurrence locale. Et méfiez-vous de quiconque vous garantit la première place : personne ne peut la promettre, parce que personne ne décide à la place de Google.
Pour aller plus loin : le référencement local expliqué aux artisans.
Pensé d'abord pour le téléphone
Vos clients vous cherchent très souvent depuis leur téléphone : dans leur cuisine inondée, devant une toiture abîmée, dans la voiture entre deux rendez-vous. Un site qui s'affiche mal sur un petit écran - texte minuscule, boutons impossibles à toucher, numéro introuvable - perd ces visiteurs en quelques secondes.
Vérifiez vous-même, sur votre propre téléphone :
- le numéro de téléphone s'appelle d'un simple toucher ;
- le texte se lit sans zoomer ;
- les photos s'affichent vite, même avec une connexion moyenne ;
- le formulaire se remplit sans acrobatie.
Nous détaillons ces points, avec un test à faire en quelques minutes, dans l'article sur le site mobile.
Combien de temps ça prend
La partie technique n'est plus ce qui prend le plus de temps. Ce qui prend du temps, c'est de rassembler le contenu : la liste de vos prestations, les communes que vous couvrez, une dizaine de bonnes photos, quelques phrases sur votre entreprise, vos informations légales.
À titre indicatif :
- avec un outil à faire soi-même, comptez plusieurs soirées ou week-ends, davantage si vous découvrez l'outil ;
- avec une agence ou un freelance, plusieurs semaines entre le premier rendez-vous et la mise en ligne sont courantes, le temps des allers-retours sur la maquette et les textes ;
- avec une plateforme spécialisée, quelques heures peuvent suffire si votre contenu est prêt.
Dans tous les cas, préparez le contenu avant de commencer. Une astuce : notez dès aujourd'hui, sur votre téléphone, chaque question que vos clients vous posent au premier appel. Ce sont les réponses que votre site doit donner.
Et un site n'est jamais tout à fait fini : prévoyez d'y ajouter vos nouveaux chantiers de temps en temps. Un site dont la dernière réalisation date de plusieurs années inquiète plus qu'il ne rassure.
La liste à vérifier avant la mise en ligne
Avant d'envoyer l'adresse de votre site à qui que ce soit, prenez dix minutes pour passer cette liste, de préférence sur votre téléphone.
Un site d'artisan n'a pas besoin d'être spectaculaire. Il doit être juste, à jour, et facile à utiliser depuis un téléphone. Pour voir à quoi cela ressemble concrètement, parcourez quelques exemples de sites.




