Se lancer

Artisan : pourquoi un site internet quand on a déjà du travail ?

Votre carnet de commandes est plein et vous vous en sortez très bien sans site. C'est justement le bon moment d'y réfléchir : un site ne sert pas seulement à trouver des clients.

Par Pierre Hebinger8 min de lecture
Un établi avec des ciseaux à bois, un carnet et un ordinateur portable ouvert.

« J'ai du travail jusqu'en mars, je n'ai pas besoin de site. » C'est sans doute la phrase qu'on entend le plus souvent chez les artisans, et elle n'a rien d'absurde. Un plombier installé depuis quinze ans, bien recommandé, avec un carnet de commandes plein, n'a pas l'impression de manquer de quoi que ce soit. S'il avait besoin de clients, il le saurait.

Pourtant, la vraie question n'est pas « est-ce que j'ai assez de travail ? ». Elle est plutôt : « est-ce que j'ai le travail que je veux, au prix que je veux, dans le secteur que je veux ? » Et là, un site internet change des choses que le bouche à oreille ne fait pas. Voici lesquelles, sans promesse miracle.

Le bouche à oreille passe par Google

Commençons par ce qui est vrai : la recommandation reste le meilleur canal d'un artisan. Un client satisfait qui parle de vous à son voisin vaut mieux que n'importe quelle publicité. Aucun site ne remplace ça, et ce n'est pas son rôle.

Mais regardez ce qui se passe réellement après la recommandation. Prenons un exemple : une cliente de Thann dit à sa collègue « Pour ta toiture, appelle Martin, il est sérieux. » La collègue ne décroche pas son téléphone dans la minute. Le soir, elle tape « Martin couvreur Thann » dans Google. Elle veut vérifier que l'entreprise existe, voir à quoi ressemble son travail, trouver le numéro, savoir s'il intervient jusque chez elle. C'est devenu un réflexe, et vous l'avez sans doute vous-même quand on vous donne le nom d'un fournisseur ou d'un restaurant.

Autrement dit, le bouche à oreille ne s'arrête pas à la recommandation : il passe par une recherche. Ce que la personne trouve à ce moment-là confirme ce qu'on lui a dit de vous, ou le met en doute.

Pas de site, ou un site à l'abandon : ce que voit le client

Trois situations sont possibles quand quelqu'un cherche votre nom.

Il ne trouve rien

Le nom qu'on lui a donné ne mène nulle part, ou seulement à une fiche d'annuaire avec une adresse et rien d'autre. Il n'est pas sûr d'avoir la bonne entreprise. Alors il tape le métier et la commune, « couvreur Thann », et les premiers résultats sont ceux de vos concurrents. Vous n'avez rien fait de mal : vous avez simplement été absent au moment où l'on vous cherchait.

Il trouve un site à l'abandon

C'est parfois pire que rien. Des photos d'il y a dix ans, un ancien numéro, une mention « site en construction », des horaires qui ne correspondent plus. Le visiteur se demande si l'entreprise est toujours en activité. La recommandation perd de sa force : on lui a parlé d'un artisan sérieux, il découvre une vitrine qui ne l'est pas.

Il trouve un site tenu à jour

Des chantiers récents, dans des communes qu'il connaît. La liste de ce que vous faites. Votre zone d'intervention. Un numéro sur lequel on peut appuyer depuis son téléphone. Ce qu'on lui a dit de vous se vérifie en deux minutes : il appelle. Le site n'a pas trouvé ce client, il a évité de perdre celui que la recommandation vous avait apporté.

Si vous vous demandez ce que doit contenir un site pour tenir ce rôle, nous l'avons détaillé dans notre guide pour créer le site de votre entreprise artisanale.

Un site trie les demandes à votre place

Un artisan qui a du travail ne manque pas d'appels. Il manque souvent de bons appels. Le téléphone sonne pendant que vous êtes sur un toit, et c'est quelqu'un qui habite à cinquante kilomètres, ou qui veut une prestation que vous ne faites pas, ou qui a besoin de quelqu'un demain matin alors que vous êtes pris jusqu'en février. Chacun de ces appels vous coûte cinq minutes et une interruption.

Un site bien renseigné fait une partie du tri avant même que le téléphone sonne :

  • Votre zone d'intervention : la liste des communes, ou une carte. Celui qui habite hors secteur le voit tout de suite.
  • Vos prestations, une par une. Un menuisier qui ne pose pas de fenêtres en PVC peut le dire, et s'épargner les demandes correspondantes.
  • Vos délais, si vous choisissez de les annoncer : « Nous planifions actuellement les chantiers du printemps. » Le client pressé sait à quoi s'en tenir.
  • Vos horaires et la meilleure façon de vous joindre : le soir par le formulaire plutôt qu'en pleine journée sur le portable, par exemple.

Personne ne lit tout, bien sûr. Mais chaque demande qui ne vous arrive pas parce que la personne a compris d'elle-même que vous n'étiez pas le bon interlocuteur, c'est du temps rendu. Et celles qui arrivent sont mieux préparées : la personne sait déjà ce que vous faites, et où.

Choisir ses chantiers plutôt que les subir

Quand tout le travail vient du bouche à oreille, on dépend de ce que les clients racontent de vous. Un électricien qui a fait trois dépannages dans le quartier finit par être connu comme « celui qui dépanne », même s'il préférerait faire des rénovations complètes. Un paysagiste qui a posé une clôture se voit demander des clôtures.

Un site vous permet de dire vous-même ce que vous voulez faire. Vous mettez en avant les prestations qui vous intéressent, vous montrez les chantiers dont vous êtes fier, vous décrivez le type de projet que vous prenez. Si vous voulez faire davantage de rénovations de salles de bains et moins de petites réparations, c'est la rénovation qui s'affiche en premier, photos à l'appui.

La même logique vaut pour le secteur. Un artisan de Colmar qui voudrait travailler davantage vers Ribeauvillé ou Kaysersberg, plutôt que de traverser le département tous les matins, peut le dire clairement sur son site. C'est tout l'objet du référencement local : être visible dans les communes où vous voulez travailler, pas dans celles où le hasard vous envoie.

Avoir le choix, c'est aussi pouvoir tenir ses prix. Quand les demandes arrivent en nombre suffisant, on n'est pas obligé d'accepter un chantier mal payé pour boucher un trou dans le planning.

Recruter, rassurer, transmettre

On pense au site comme à un outil pour trouver des clients. Il est lu par bien d'autres personnes.

Un apprenti ou un compagnon

Recruter est souvent plus difficile que trouver des chantiers. Un jeune qui cherche un maître d'apprentissage, ou un ouvrier qualifié qui envisage de changer d'entreprise, va regarder qui vous êtes avant de postuler ou de répondre. Des chantiers soignés, une présentation de l'équipe, quelques mots sur votre façon de travailler : c'est ce qui peut donner envie de vous rejoindre plutôt que l'entreprise d'à côté.

Un architecte, un syndic, un maître d'œuvre

Les professionnels qui confient des chantiers vérifient à qui ils ont affaire. Ils veulent voir vos qualifications (RGE, Qualibat...), le type de chantiers que vous avez déjà menés, votre capacité à intervenir sur leur secteur. Un site sérieux ne décroche pas le marché à lui seul, mais son absence peut vous faire écarter d'une liste sans que vous le sachiez jamais.

Un repreneur, un jour

Personne n'y pense en s'installant, et pourtant : le jour où vous transmettrez ou vendrez votre entreprise, ce que vous aurez construit en ligne fera partie de ce qui se transmet. Un nom de domaine établi, des années de réalisations publiées, une entreprise que l'on trouve quand on la cherche. À condition que tout cela vous appartienne vraiment, ce qui n'est pas toujours le cas : nous expliquons pourquoi dans l'article sur le nom de domaine de votre entreprise.

Il répond quand vous ne décrochez pas

Beaucoup de gens cherchent un artisan en dehors de leurs propres heures de travail : le soir après le dîner, le dimanche en faisant le tour de la maison, pendant la pause de midi. Ce sont précisément les moments où vous ne décrochez pas, et c'est bien normal.

Sans site, la personne qui vous cherche un dimanche soir n'a qu'une option : noter votre numéro et penser à rappeler lundi. Certains oublient, d'autres appellent entre-temps quelqu'un d'autre. Avec un site, elle peut décrire son besoin tout de suite, par un formulaire, avec sa commune et ce qu'elle veut faire. Lundi matin, la demande vous attend, et vous rappelez en sachant déjà de quoi il s'agit.

Le site répond aussi aux questions simples sans vous : êtes-vous ouvert le samedi, intervenez-vous dans telle commune, faites-vous tel type de travaux. Autant d'appels que vous n'aurez pas à prendre depuis le chantier.

Un point à ne pas négliger : cette recherche se fait le plus souvent sur un téléphone. Un site qui s'affiche mal sur un petit écran, où il faut zoomer pour trouver le numéro, perd une bonne partie de son intérêt. Nous y revenons dans l'article consacré au site mobile.

Par où commencer

Un site d'artisan n'a pas besoin d'être grand. Il a besoin d'être juste et à jour. L'essentiel tient en peu de choses :

  • ce que vous faites, prestation par prestation ;
  • les communes où vous intervenez ;
  • des photos de vos vrais chantiers, récentes ;
  • comment vous joindre, avec un numéro qu'on peut appeler d'un doigt ;
  • vos qualifications, et les mentions légales obligatoires.

Vous pouvez le faire vous-même, le confier à une agence ou passer par une plateforme spécialisée. Chaque option a son coût et ses contraintes, que nous comparons dans combien coûte un site internet d'artisan. CorpsDeMetier.fr est l'une de ces plateformes : le site se remplit depuis le téléphone, une page se crée pour chaque commune que vous couvrez, et vous gardez votre domaine et vos contenus si vous partez.

Questions fréquentes

Le bouche à oreille ne suffit-il pas pour un artisan ?

Il reste le meilleur canal d'un artisan. Mais la personne à qui l'on a donné votre nom vérifie souvent sur Google avant d'appeler : si elle ne trouve rien, ou un site à l'abandon, la recommandation perd de sa force et elle peut appeler un concurrent.

Un site internet vaut-il la peine si j'ai déjà trop de travail ?

Oui, parce qu'il ne sert pas seulement à trouver des clients. Il trie les demandes (zone, prestations, délais), vous permet de mettre en avant les chantiers que vous voulez faire, rassure les prescripteurs et les candidats à l'embauche, et répond le soir et le week-end quand vous ne décrochez pas.

Une page Facebook ne suffit-elle pas ?

Facebook montre votre travail à ceux qui vous suivent déjà. Quelqu'un qui cherche un artisan tape sa commune et son besoin dans Google, pas dans Facebook. Les deux se complètent, ils ne se remplacent pas.

Que doit contenir au minimum le site d'un artisan ?

Vos prestations une par une, les communes où vous intervenez, des photos récentes de vos vrais chantiers, un numéro qu'on peut appeler d'un doigt depuis un téléphone, vos qualifications et les mentions légales obligatoires.

Votre site, on en parle ?

Un appel de quelques minutes, à l'heure qui vous arrange : on regarde ensemble ce que donnerait le site de votre entreprise. Ou lancez-vous seul : 7 jours d'essai, sans carte bancaire.